Une étude d'envergure internationale menée par Angela Difeng Wu et ses collaborateurs, publiée dans la revue scientifique Addiction, fait le point sur les données disponibles concernant l'utilisation des e-cigarettes comme outil de sevrage tabagique. Ce travail regroupe et analyse 14 revues systématiques publiées depuis 2015, englobant 109 études primaires auprès de populations adultes, incluant la population générale, des personnes atteintes de comorbidités ou à risque de cancer du poumon, ainsi que des femmes enceintes.
Une efficacité supérieure aux substituts nicotiniques traditionnels
L'analyse des 21 métanalyses comparant le vapotage nicotinique à d'autres interventions d'arrêt du tabac montre une tendance constante en faveur de la cigarette électronique avec nicotine pour obtenir un suivi d'abstinence d'au moins six mois.
Face aux substituts nicotiniques (TSN) : Les revues de haute qualité évaluant cette comparaison (notamment Lindson 2024 et Hanewinkel 2022) rapportent des risques relatifs (RR) de 1,58 et 1,59 en faveur de la cigarette électronique nicotinique. Sur l'ensemble des revues, les estimations de risque relatif ou d'odds ratio s'échelonnent entre 1,17 et 1,67.
Face aux e-cigarettes sans nicotine (placebo) : La présence de nicotine dans le dispositif améliore nettement les taux d'arrêt, avec des risques relatifs variant de 1,46 à 2,09 selon les revues.
Face à l'absence de soutien ou au soutien comportemental seul : La e-cigarette nicotinique se montre également plus efficace, avec par exemple un risque relatif de 1,88 (IC à 95 % : 1,56-2,25) identifié dans la revue Cochrane de haute qualité.
Combinaison d'outils : L'association d'une e-cigarette avec nicotine et de substituts nicotiniques offre des taux d'arrêt supérieurs à l'usage des seuls substituts (RR = 3,53).
Sécurité et profil d'effets indésirables
Sur le plan de la tolérance à court et moyen terme, les synthèses concluent globalement à peu ou pas de différence significative concernant les événements indésirables légers à modérés entre les utilisateurs de e-cigarettes nicotiniques et les groupes comparateurs.
En ce qui concerne les événements indésirables graves (EIG), les données restent non conclusives. Sur 13 revues ayant compilé ces événements, deux font état d'estimations ponctuelles évoquant une hausse possible dans le groupe vapotage, tandis que les autres estimations incluent la possibilité d'une absence totale de différence. Le faible nombre d'événements graves enregistrés dans les essais cliniques limite la précision statistique sur ce point.
Limites et niveau de preuve
L'évaluation méthodologique menée selon la grille AMSTAR-2 classe 7 revues sur 14 en haute qualité et 7 en faible qualité. Les principales faiblesses des revues de moindre qualité concernent l'absence de liste explicite des études exclues ou le manque de prise en compte du risque de biais dans l'interprétation des résultats. Un chevauchement important existe par ailleurs entre les revues, 18 études primaires étant incluses dans plusieurs métanalyses distinctes.
Une cartographie des données (Evidence and Gap Map) met en lumière des lacunes méthodologiques majeures :
Aucune comparaison directe n'est établie dans ce corpus entre la cigarette électronique nicotinique et d'autres traitements reconnus tels que la cytisine, le bupropion ou les sachets de nicotine.
La comparaison face à la varénicline repose sur une seule étude à faible échantillon et haut risque de biais, empêchant toute conclusion ferme.
La quasi-totalité des données provient de pays à hauts revenus, rendant non établie la généralisation des résultats aux pays à revenus faibles ou intermédiaires.