Entre 2012 et 2023, la consommation de nicotine et de produits du tabac chez les jeunes âgés de 15 à 30 ans dans l'Union européenne a évolué de manière divergente selon le type de produit. Selon une étude transversale répétée basée sur les données de 20 466 participants répartis dans 26 États membres, l'usage du narguilé a connu un net recul, tandis que celui de la cigarette électronique a progressé sur la même période.
Évolution des prévalences d'usage chez les 15-30 ans
L'expérimentation du narguilé au cours de la vie est passée de 31,2 % en 2012 à 14,9 % en 2023. Chez les mineurs âgés de 15 à 17 ans, l'usage actuel, défini dans l'étude comme une utilisation au moins mensuelle au moment de l'enquête, est tombé de 5,4 % en 2017 à 0,1 % en 2023.
En parallèle, l'expérimentation de la cigarette électronique a augmenté, passant de 12,2 % en 2012 à 25,8 % en 2023. L'usage actuel au moins mensuel de la cigarette électronique dans la population des 15 à 30 ans est quant à lui passé de 1,6 % en 2017 à 5,3 % en 2023.
Analyse statistique et variations démographiques
Pour mesurer les évolutions dans le temps en ajustant sur les caractéristiques sociodémographiques et contextuelles, les chercheurs ont utilisé le ratio de prévalence ajusté (aPR, de l'anglais adjusted prevalence ratio). Ce terme statistique mesure la fréquence relative d'un événement dans un groupe comparé à un groupe de référence, après prise en compte de facteurs de confusion potentiels tels que le statut tabagique ou le score de contrôle du tabac du pays. Un aPR supérieur à 1 indique une augmentation de la prévalence, tandis qu'un chiffre inférieur à 1 indique une baisse. Chaque ratio est présenté avec son intervalle de confiance à 95 % (IC 95 %), une mesure qui précise la marge d'incertitude statistique autour de l'estimation.
Par rapport à l'année de référence 2017, la probabilité d'un usage actuel de la cigarette électronique en 2023 affiche un ratio de prévalence ajusté de 4,27 (IC 95 % : 2,73 à 6,67). L'augmentation de l'expérimentation de la cigarette électronique touche l'ensemble des sous-groupes, avec des prévalences plus élevées observées chez les femmes (aPR : 1,41 ; IC 95 % : 1,18 à 1,69), les résidents en milieu urbain (aPR : 1,27 ; IC 95 % : 1,11 à 1,46) et les répondants ne signalant pas de difficultés financières (aPR : 1,38 ; IC 95 % : 1,20 à 1,60).
Limites et niveau de preuve
Les données analysées sont tirées d'enquêtes déclaratives (Eurobaromètre spécial), ce qui expose les résultats à des biais d'autodéclaration ou de mémoire. L'étude étant de nature transversale répétée, elle permet d'observer des tendances globales à l'échelle des populations mais ne permet pas d'établir une relation de causalité individuelle ni de démontrer un transfert direct d'usagers du narguilé vers le vapotage. De plus, des adaptations méthodologiques ont eu lieu en 2020 en raison de la pandémie de COVID-19, entraînant des passages partiels au questionnaire en ligne dans plusieurs pays. Enfin, les données ne mesurent pas les effets sanitaires à long terme de ces évolutions d'usage.